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Les collégiens sur la piste du vivant

Loups, ours, bruissements d’oiseaux et traces mystérieuses : avec Où allons-nous demain ?, la compagnie Empreintes entraîne les collégiens au cœur de la nature sauvage. Au centre culturel municipal François Mitterrand de Tergnier, théâtre et création sonore se mêlent pour interroger notre rapport aux animaux et au vivant

« C’était super bien. On a l’impression qu’on est en train de se faire projeter dans la nature et dans le spectacle ! » lâche Brendan, 12 ans, après avoir passé la porte du centre culturel municipal François Mitterrand de Tergnier. Avec ses camarades, il vient d’assister au spectacle Où allons-nous demain ? 

Elles sont deux, Catherine Vrignaud Cohen, comédienne et Marie-Lys Polchlopeck, artiste sonore, à occuper l’espace en ce début d’après-midi. Au sol, de drôles de fils, un peu comme des racines d’arbres ou des lianes, avec, à leurs extrémités, des haut-parleurs piezo. De ces racines s’échapperont bientôt des sons car Où allons-nous demain ? n’est pas qu’une expérience de théâtre, c’est aussi une plongée, une propulsion, comme nous l’a dit Brendan, dans un univers : celui de la nature. Plus précisément, celui du parc de Yellowstone aux États-Unis dans lequel l’auteur du texte déclamé (Sur la piste animale), Baptiste Morisot (qui est aussi éthologue et philosophe) est venu traîner ses chaussures de randonnée. 

Pendant 45 minutes Catherine nous mène sur la piste d’animaux sauvages plutôt inquiétants mais aussi chargés de mythologie pour nous humains, les loups et les ours. Pister un animal, qu’est-ce que cela veut dire ? Le rencontrer, qu’est-ce que cela signifie ? Surtout un animal qui pourrait ne faire de nous qu’une bouchée. C’est peut-être cela la question la plus importante de cette pièce, qu’est-ce qui nous lie avec les animaux sauvages, que dit de nous la relation que nous entretenons avec eux, la peur ou la fascination qu’ils font naître en nous ? Et la multitude d’interrogations qui en découlent. Comment vit-on au plus juste avec la nature ? Comment vit-on sans la folkloriser, sans trop l’anthropologiser, sans vouloir la mettre à nos pieds ? 

Pour assister à cette représentation il y a deux classes de collégiens qui sont installées en cercle autour de ces racines de fils. Ils vont, dans les premières minutes, être un peu étonnés, agités, il en faut du temps pour entrer dans l’univers tantôt calme et tantôt inquiétant de la nature sauvage après la pause méridienne. Mais très vite, les esprits se calment, les yeux se posent, les cœurs ralentissent et les bouche se ferment. Ils sont 60 à être plongés dans la nature, sensibles au bruit des oiseaux, des bruits de pas et de la nuit qui tombe. Pendant trois quart d’heure aucun bruit adolescent, juste des visages qui cherchent à comprendre, des regards qui disent l’étonnement. Catherine et Marie-Lys de la compagnie Empreintes les ont emporté avec elles. Ils sont avec elles au milieu les traces, les empreintes, le loup, les patous et l’ours. 

Et alors que la pièce se termine, un silence se fait. Un long silence qui s’éternise plus d’une minute, comme pour être sûrs que l’on ne va rien briser en tapant dans ses mains, pour être sûr que Catherine et Marie-Lys sont arrivées au bout du chemin qu’elles suivaient. Et puis les applaudissements qui retentissent. Le duo propose ensuite aux jeunes un temps d’échange, qu’ont-ils ressenti, ont-ils des questions ? La première est très prosaïque mais ô combien importante : « Comment faire pour réussir à se souvenir d’un texte pendant 45 minutes ? » sans buter sur les mots ni s’emmêler les pinceaux ?  Catherine répond qu’il s’agit de travail de patience, de travail, de temps et d’un supplément « fils qui adore faire répéter les textes à sa mère. »

Une jeune fille se demande par quel tour de passe passe nous sommes passés du loup à l’ours ? Marie-Lys accepte de dévoiler l’astuce : le son. Car sur scène, aucun décor, aucun costume. Uniquement, comme je l’ai dit plus haut, la présence de ces fils conducteurs de son et de petites enceintes dispersées dans la pièce. C’est grâce à eux que l’on peut voyager d’animal en animal. Un aigle qui glatit en guise de lien entre le loup et l’ours. Comme un fil que l’on tire, un trait tracé dans les nuages. 

Et puis il y a la question de l’écriture. Au fil de la pièce, le sol se pare de signes, de courbes et de lettres dessinées au feutre blanc sur le sol. « Qu’est ce qu’elles veulent dire ? » Eh bien à peu près ce qu’on veut. Il y a bien des signes comme le V du loup quasi similaire au V du chien, mais le reste change à chaque représentation, c’est une sorte d’écriture automatique dans laquelle chacun (artistes comme spectateurs) peut y voir ce qu’il souhaite. Comme une formule magique qui se déplie au fur et à mesure du spectacle, comme pour chercher à écrire le langage des animaux.

Si les questions se font ensuite discrètes ce n’est pas par manque d’intérêt, peut-être plus par timidité ou par peur de prendre la parole devant le groupe. Mais une fois que les conversations peuvent se mener en face à face, les avis sur la pièce vont bon train. « C’était vraiment bien, l’univers un peu mystérieux, on ne savait pas qui était le prédateur », explique Théo, du haut de ses 13 ans. Le trio de copines Kenza, Illyana et Lola ont elles aussi beaucoup aimé, « surtout quand les sons sortent du sol », et puis aussi « comment elles expliquent les choses, on a l’impression de bien comprendre. » Mila, elle a aimé cette bulle artistique, qui lui a offert, grâce à « l’ambiance douce », de l’apaisement. Louka 14 ans, a lui plutôt trouvé le spectacle drôle, « j’ai adoré le son et puis j’ai bien aimé comme elle jouait. C’était cool et vraiment amusant ! »

Et pour les artistes, qu’est ce que cela fait de jouer ce texte devant un public si jeune ?  « Je déplace quelque chose à l’endroit du jeu, je suis plus attentive. Cela pousse à être plus pédagogue, je sens à l’intérieur qu’ils ont bien suivi. » Une compréhension qui peut aussi être complétée par le travail autour du son. « Le son sert aussi à raconter des choses qui ne sont pas dites dans le texte. Le son, en tant que matière, nous ouvre un imaginaire. », conclut Marie-Lys. Le mot de la fin sera pour Claire, programmatrice culturelle venue assister à la représentation. « Dans ce spectacle, tous les sens sont appelés. Parler de l’intelligence des animaux, commencer à se rendre compte qu’ils ont un langage, prendre en compte la biodiversité, ce sont des idées fortes et importantes. C’est super que le monde de la culture s’en empare. »

Texte et photos : Clémence Leleu

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