On le sait bien. Seul l’amour peut sauver le monde. Mais comment aider à la guérison de tous ces cœurs meurtris ? Comment se débarrasser de ce que Euzée et Rosalie, les deux clownes de la cie les vagabondes, appellent le « déjoyite » ? Pour apporter leur petite pierre dans ce gros œuvre pour le bien de l’humanité, elles ont eu l’idée d’inviter des passant·es, des gens ne se connaissant pas entre eux, autrement dit des inconnu·es, à rentrer dans une caravane, de s’y installer le temps d’une petite aventure hors du commun.



Ainsi, vendredi 18 septembre 2026, Euzée et Rosalie ont garé la caravane appelée « La vagabonde » sur la place du village de Meurchin (62). Elles ont été accueillies à l’occasion d’une fête communale, entre un stand de crêpes et un autre de gaufres liégeoises. Intrigué·es, les habitant·es s’interrogeaient sur cette présence inhabituelle et atypique. Puis Euzée et Rosalie ont fait leur apparition, ce qui a continué d’attiser la curiosité des passant·es et autres amateur·rices de crêpes. « À l’intérieur, nous irons à la recherche de la joie ! »



Après une annonce explicative, une groupe d’adolescent·es ainsi qu’un père et sa fille se sont engouffré·es dans l’antre des vagabondes. Tout d’abord désarçonné·es par la nouveauté et le décalage de la situation, les particpicant·es ont vite plongé dans l’ambiance et ont activement adhéré au programme farfelu mais plein de sens concocté par Euzée et Rosalie. Et le plus important, il y eu de la découverte, du partage, de la réflexion et des rires ! À peine sorti·es de la roulotte, les ados se sont envolé·es comme une nuée de moineaux pour aller voir leurs ami·es danser sur la scène installée à l’autre bout de la place.






« D’habitude je ne suis pas amateur de ce genre de spectacles, a expliqué Erwan, 38 ans, venu avec sa fille. Mais j’avais envie de découvrir. Quand je suis venu chercher ma fille à l’école, je suis passée devant la caravane, j’ai trouvé ça attrayant et j’ai eu envie de participer. Et je ne regrette pas du tout de l’avoir fait. Au contraire, je m’en serais voulu d’avoir raté ça. Je ne suis pas habitué à ce décalage mais ça a de la gueule quand même ! Les jeunes ados étaient déstabilisés au début. Ça fait du bien des petits moments comme ça. »
Ce soir-là, les clownes ont réjoui trois groupes différents. Dans le deuxième, il y avait Viviane, 66 ans. Celle-ci s’est tout d’abord arrêtée devant la caravane avec des étoiles plein les yeux. « J’ai longtemps habité en caravane, a-t-elle confié. Je suis d’une famille de forains. Aujourd’hui je vis dans une maison… » Viviane a affiché un large sourire pendant toute l’expérience. « Ah c’était une belle animation ! C’était vraiment super. J’ai bien aimé comment c’était animé mais alors que ce soit dans une caravane, encore plus ! Depuis toute petite, j’étais en caravane. J’allais avec ma grand-mère qui avait une roulotte et on partait en […] . » De toute évidence, pour Viviane, la joie est dans une caravane.








Le projet La Caravane La vagabonde s’est pas monté petit à petit, avec divers financements, comme celui de la Région Hauts-de-France et dernièrement de la DRAC Hauts-de-France avec le dispositif Plaines d’été. « D’ordinaire, nous menons des projets de territoires, a expliqué Stéphanie Constantin, alias Euzée. Nous avons plusieurs spectacles et nous travaillons avec les habitants pendant plusieurs mois. Là, c’est une forme bien différente. Comme un entresort clownesque qui s’est créé sur le terrain, après un temps de résidence dans les locaux de la compagnie Métalu à Chahuter (Lilles-Hellemmes) en juin dernier. »
Le thème de la joie est venu sur le tapis, ainsi que cette notion de « déjoyite », une maladie contagieuse empêchant la joie de se déployer. La « déjoyite », c’est par exemple quand on critique les autres avec aigreur, quand on râle tout le temps ou la déconfiture lorsqu’une déception survient. « L’idée de ce projet est de se promener sur les territoires, a poursuivi Stéphanie Constantin, à la croisée des chemins, à la rencontre des gens qui ne vont pas voir de spectacles. Des gens de plein d’horizons différents. De les faire s’assoir les uns à côté des autres alors qu’ils ne se connaissent pas. Ça a l’air de rien mais travailler sur la joie est une résistance, un moyen de lutte. Même s’il faut aller au charbon, la joie est une super arme. Comment habiter la joie et muscler la joie. »
Texte et photos de Gaëlle Martin

