Décortiquer le mot de son essence, de son sens, jusqu’à nous emmener dans l’insensé avec la compagnie Hej Hej Tak

  • Aisne

Vendredi 24 Septembre, la sonnerie retentit, les élèves s’installent dans leur classe du collège Suzanne Deutsch de la Meurthe à Moÿ-de-l’Aisne. La professeure de français commence l’appel. Soudain, la porte s’ouvre. Marie et Lauriane, deux comédiennes, vêtues de bleu de travail entrent dans la classe et commencent à lancer des mots à la volée : « Entrée libre »… « Si l’indice semble être l’indicible, la cible, nous percevons ensemble l’imperceptible, personne ». 

Marie écrit aussitôt au tableau: « À gorge dénouée »

Les élèves se regardent et se questionnent. – « Ça veut dire quoi ça ? » interroge l’un d’entre eux. Pas de réponse, les deux comédiennes de la compagnie Hej Hej Tak continuent à évoluer dans la classe en distribuant des tracts sur lesquels sont imprimées différentes phrases: « Je t’écris, tu me penses ».

Débute alors une véritable plongée dans la poésie de Ghérasim Luca !

À travers un bégaiement sublimé et chanté, les deux comédiennes, invitent à voir et à entendre de manière ludique la matérialité sonore de la poésie, de la langue, son rythme et sa théâtralité.

L’écrivain se transforme en « Les cris vains » L’extrait du poème de Ghérasim Luca est lu:

– « Personne à qui pouvoir dire 
que nous ne faisons rien
que nous ne faisons 
que ce que nous disons
c’est-à-dire rien »

Puis des mots à trou sont écrits sur le tableau et aussitôt l’ensemble de la classe s’empresse de trouver les lettres manquantes.  A ! I ! R ! Les élèves ont dépassé leurs interrogations et se laissent embarquer dans le jeu. À chaque bonne lettre, Lauriane joue une note de musique sur un petit xylophone. T…E…R…R…E! S’écrient les élèves.

Les deux comédiennes déplient une guirlande de papier : TERREUR. Puis l’une d’elles soulève la première lettre « Terreur sans tête ! » ERREUR s’exclament à nouveau les élèves. « La terreur sans jambes » et la seconde comédienne soulève les deux dernières lettres : – « TERRE! » S’écrient encore les enfants ».

© Isabelle Serro

La classe s’est transformée en l’espace de quelques minutes, en une fabrique de la parole et les élèves sont devenus de véritables sculpteurs de mots et des explorateurs de la parole. On plonge dans cet immense champ des possibles, à la frontière entre le théâtre et la poésie, entre le corps et la langue. La joie s’exprime sur les visages, les yeux brillent, la volonté de faire encore mieux, de trouver le mot juste et puis pour aller toujours plus haut dans ce jeu des mots, certains élèves montent sur leur chaise pour imiter l’une des comédiennes, puis sur leur table. 

© Isabelle Serro

La professeure observe la scène, soucieuse de ne pas interrompre cette magie des mots opérée avec les deux comédiennes.

Les mots sont décortiqués, mis en mouvement, les élèves embarqués dans cette métamorphose du langage.

Le jeu prend fin, et les deux ouvrières de la parole quittent la salle de classe comme elles sont venues.

© Isabelle Serro

Elles reviennent à nouveau pour échanger avec les élèves et répondre à leurs interrogations. Elles présentent le poète d’origine roumaine, Ghérasim Luca -«Se plonger dans la poésie de Ghérasim Luca, c’est se lancer dans l’inconnu, abandonner toute idée prédéfinie sur la poésie. Dire pour être » dira Marie.

Ce sera une véritable découverte pour l’ensemble des classes de 5ème qui après cet impromptu, demanderont à leurs enseignants, de pouvoir encore jouer avec les mots. Une des professeures de français saisit la balle au bond et propose que la semaine suivante soit travaillé le poème « Prendre corps » de Ghérasim Luca.

Pari gagné !


Texte et photographies : Isabelle Serro

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