À l’occasion de l’inauguration de la nouvelle médiathèque-ludothèque du quartier Neuville, à Saint-Quentin, Christian Pruvost et Nicolas Mahieux, du collectif Muzzix, ont embarqué les habitants dans leur univers sonore. Entre jazz, improvisation et musique bruitiste, le duo a intrigué, dérouté parfois, mais surtout éveillé les oreilles d’un public peu familier de ces sonorités.
Cet après-midi là, on inaugure dans le quartier Neuville de Saint-Quentin un nouvel écrin qui renfermera une médiathèque, une ludothèque et des espaces de vie commune : l’espace Benjamin Rouché. Après les habituels discours de la mairesse et de ses adjoints, les habitants du quartier, les futurs usagers des lieux mais aussi quelques curieux ont pu savourer un concert du duo formé par Christian Pruvost et Nicolas Mahieux, l’un à la trompette et l’autre à la contrebasse.


Il en faut du doigté pour réussir à apprivoiser un public qui est à la fois content de se retrouver, qui visite ces locaux flambants neufs un petit café à la main, mais le binôme du collectif Muzzixs a plus d’un tour dans son sac. En quelques minutes, les enfants assis un peu plus loin se sont rapprochés, peu à peu suivis par les adultes. Le duo d’improvisation explore les timbres de leurs instruments, dans un univers singulier qui mêle jazz et musique bruitiste. Un genre de musique avec lequel les personnes présentent n’étaient pas forcément familière mais qui a réussi à chanter la plupart des oreilles. « Ce sont des bruits d’oiseaux ? » questionne une habitante du quartier. Sa voisine lui répond qu’elle ne sait pas, « mais il faut se laisser porter ».


Se laisser porter, c’est exactement ce que fait Christiane qui habite dans le quartier depuis 52 ans. Elle a connu le bâtiment alors qu’il était une école puis un centre de vie et enfin une médiathèque / ludothèque. Elle dit que des lieux comme celui-ci sont nécessaires pour vaincre la solitude qui touche beaucoup d’habitants de Neuville. Elle, elle pousse la porte du lieu entre les vendredis pour y partager un repas convivial avec les habitants du coin et pousser la chansonnette. Installée sur sa chaise un peu à l’écart du groupe, elle écoute avec attention les notes lâchées par les instrumentistes. « C’est très beau, très originale. On se croirait plongé dans la nature, avec la faune. Ça me détend », glisse-t-elle en chuchotant. « J’aime beaucoup les spectacles, je n’avais jamais entendu ce genre de musique, ça change du quotidien, quel bonheur ! »

À deux pas de Christiane se trouve Bakary. À l’inverse de la plupart des spectateurs, plutôt familier du jazz. « J’écoute énormément de jazz. En musique j’écoute de tout, ça fait partie de tous les niveaux de ma vie. », raconte-t-il. « Je suis d’origine guinéenne. Cette musique me fait penser à un instrument qui irait très bien avec les leurs, la kora ! », explique le référent alphabétisation et numérique tout en sortant son téléphone portable pour pouvoir nous montrer une photo de l’instrument en question.


Un peu plus, installée dans le moelleux d’un canapé, une habitante, qui a tenu à rester anonyme, enclenche la conversation. « Moi j’aime bien parler mais je ne veux pas dire mon nom. Sinon je ne me sens plus libre. » Tout juste saura-t-on que le parfum qu’elle porte est « Chanel n°5, mais il ne faut pas en mettre trop, ça coûte sacrément cher ! » Cette mystérieuse habitante est une « grande fan de contrebasse », pourtant, elle a un peu de mal à se faire à la musique qu’elle écoute religieusement. « Je m’attendais plus à du jazz classique, mais c’est intéressant ! On dirait des bruits d’insectes, de papillons, c’est spécial mais au moins, on aura eu l’occasion d’entendre de ça dans notre vie. »


Diane, elle, est plus mitigée. « La trompette et la contrebasse ne sont pas vraiment mes instruments de prédilection. Je n’ai jamais accroché avec la trompette alors forcément c’est difficile pour moi d’accrocher. Mais je reconnais que c’est original ! »


Alors peut-être que l’on peut laisser le mot de la fin à Idriss, quatre ans, qui a confié avec beaucoup d’allant que la musique jouée par « les deux monsieurs » devant lui mettait « du dout dans le cœur. »




Texte et photo : Clémence Leleu

