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Lâcher prise au fil de l’encre

Des chèvres, des ânes, des poules, des produits du terroir, quelques jeux anciens, des manèges en bois ou encore des ateliers créatifs… En ce 30 août, le parc Hébert de Nogent-sur-Oise s’est métamorphosé pour offrir aux habitants une parenthèse bucolique. Parmi les invités d’Un dimanche à la campagne, la plasticienne Béatrice Bernard a animé pendant deux heures un atelier de peinture à l’encre de Chine, autour du végétal. 

À 15h pile, elle était là. Muriel avait réservé à l’avance sa place pour être sûre de pouvoir assister à cet atelier de peinture à l’encre de Chine intitulé « L’encre et le geste ». De cette technique, la quinquagénaire ne sait rien, mais comme à son habitude, elle est poussée par son désir de découverte et son amour pour les activités créatives. Alors que la plasticienne vient tout juste de finir d’organiser les tables et de déplier les chaises, l’aide-soignante choisit sa place et commence à s’installer. « J’ai beaucoup donné à l’humain, maintenant, je me donne à moi-même. » À ses côtés, Laurent est encore un peu hésitant. Il est autant discret qu’elle est curieuse, et surtout pas forcément à l’aise avec les arts plastiques. Mais Béatrice sait y faire, elle le laisse apprivoiser les lieux et en un tour de main, Laurent est assis à côté de sa compagne, un pinceau à la main. 

L’idée de cet atelier est de s’inspirer (ou pas) des végétaux que Béatrice Bernard a disposés au milieu de l’îlot de tables, avant de laisser glisser son bâton ou son pinceau sur une grande feuille à dessin. Pommes de pins, graines, feuilles d’arbre… Les participants ont l’embarras du choix pour se frotter à cette technique asiatique chère notamment aux calligraphes Japonais et Chinois. 

Tandis que Béatrice explique les rudiments de la technique à Muriel et Laurent, quelques curieux s’arrêtent devant le stand et regardent le duo commencer à apprivoiser le bâton d’encre contre la pierre. Très vite, la table est pleine d’artistes en herbe. Sous le barnum, chacun est absorbé par son œuvre, faisant de l’atelier une petite bulle de calme, de douceur et de créativité. Sous les pinceaux apparaissent soleil, montagne, branche, feuille et bouquet. On distingue en un clin d’oeil les instinctifs, les réflexifs, mais tous sont happés par l’activité alors même que les allées sont garnies de monde et que l’air est emplis de cris et de rires d’enfants qui s’amusent de l’autre côté du chemin avec les jeux anciens. 

C’est notamment cette parenthèse que savourent les artistes, petits ou grands. « C’est déstressant. Comparé aux écrans, c’est mieux », lance Sarah, 8 ans, qui vient de finir de mettre le dernier rayon à son soleil qui brille en haut de sa feuille. L’art est aussi le moyen favori de Mayléa, 8 ans également, de faire descendre les mauvaises énergies. « Quand je suis énervée, j’écoute de la musique douce ou alors je dessine. Et quand je ressens quelque chose j’écris dans mon carnet, ça peut être des mots ou alors juste des dessins. Là j’ai envie de dessiner une maison avec des chemins qui partent dans tous les sens. Je ne sais pas pourquoi mais je sens que ça va me faire du bien. »

Diama, elle, est venue avec sa mère. C’est la première fois qu’elles pratiquent ensemble une activité artistique et toutes les deux semblent ravies du moment partagé. « Je suis heureuse de faire quelque chose en famille » confie-t-elle tandis que sa mère accroche sa feuille au barnum. « Je n’ai pensé à rien du tout. J’étais concentrée dessus et ce qui est bien c’est qu’on peut se laisser porter, on n’a pas besoin de maîtriser la technique pour faire quelque chose qui nous plait. », complète Marie, sa mère.

Béatrice n’a de cesse de le répéter à ceux qui voudraient s’installer autour de la table : pas besoin de savoir faire. L’idée est de se laisser porter. « Ce n’est pas un cours de dessin. C’est essayer de s’amuser sur une feuille et de découvrir les sensations : frotter, tremper le bâton dans l’eau et voir ce qu’il se passe sur le papier. », explique la plasticienne. « J’aime que les gens expérimentent leur créativité dans la liberté. »

Manel, 15 ans, est une vraie fan d’activités manuelles. Elle pratique la peinture, le dessin, le crochet, le tricot et confectionne aussi des bracelets brésiliens. « L’encre de Chine c’est vraiment différent des feutres, j’ai bien aimé le fait d’écrire avec l’encre sur le papier. C’était plus doux », confie la jeune fille avant de rejoindre Sarah et leur mère, restée avec leur petite sœur un peu plus loin. Maman de trois enfants, ces ateliers gratuits, qui initient à une pratique artistique nouvelle sont une aubaine pour elle. « Déjà ça évite de les mettre devant les écrans, parce qu’à la maison, même si on fait des activités sans, elles finissent toujours par attraper la télécommande. Ça leur permet de partager un moment à trois ce qui est plutôt rare puisqu’elles ont toutes 5 ans d’écart. Et puis le plus important : c’est gratuit, après les vacances et avant la rentrée, c’est une aubaine quand on a plusieurs enfants, ce n’est pas toujours une période facile au niveau du porte-monnaie. »

Après un peu plus d’une heure, Muriel met le point final à son dessin. « Bon, j’étais partie sur une idée mais je n’y suis pas arrivée. Je voulais faire une montagne mais ça s’est transformé en mur. Ça n’est pas grave ! », confie-t-elle dans un large sourire. « L’important c’est que je n’ai pensé à rien. J’ai laissé mes doigts faire, et mes soucis familiaux se sont envolés. » Lorsqu’on lui fait remarquer qu’elle et son compagnon ont été depuis le début de l’atelier les deux seuls adultes à venir non accompagnés (voire poussés) par leur enfant, l’aide-soignante répond du tac ou tac. « C’est toujours comme ça, je suis souvent la seule adulte au milieu de gosses mais j’adore, on s’apprend mutuellement plein de choses. J’ai 56 ans mais dans ma tête je suis toujours une gamine de 10 ans, j’ai retrouvé mon âme d’enfant. » Alors on ne peut s’empêcher de lui demander quel est le secret pour garder son âme d’enfant ? « Ne pas faire gaffe à ce que disent les autres. Et puis il ne faut pas oublier que les meilleures inventions ont été faites par erreur et que la beauté est subjective. Je pourrais trouver quelque chose magnifique qui laisserait quelqu’un d’autre insensible et inversement. »

Texte et photos : Clémence Leleu

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