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La vie est une succession d’instantanés

Le Centre Social Est Somme de Ham est comme une fourmilière. Dans l’une des cavités aveugle de cette galerie, rendez-vous était donné entre les adolescent·es et la cie le Vent du Riatt pour une activité hors du commun. La réalisation d’un film de 4 minutes en time-lapse. Une initiative intégrée à la programmation Plaines d’automne, dispositif soutenu par la DRAC Hauts-de-France.

Tout d’abord intimidé·es et dans l’expectative, les adolescent·es ont néanmoins accepté de suivre la belle énergie de Jérémie Davienne, comédien et faiseur de tout. Après un petit échauffement pour délier le corps, il a expliqué le déroulé des opérations. Une répétition avant le vrai tournage d’une épopée composée d’un bateau qui tangue, des passager·ères qui vomissent, des zombies mort·es et vivant·es, des graines qui germent et deviennent plantes, des suspicions et des bagarres. Le tout contenu dans 2500 photos prises par la photographe Marie.

Très vite, les adolescent·es se sont rélévé·es être des acteur·rices très investi·es dans leur personnage, emporté·es par la fougue du jeu. Clap de fin de tournage. 

Puis, le temps d’installer l’écran de vidéo projection, de disposer les chaises, le film était prêt à être diffusé. « Rha j’aime bien ! » s’est écrié Vincent, 10 ans. « On peut le revoir ? ». Ce qui n’a pas manqué d’entrainer un « Oh ouiiiii ! » collectif.

« C’était cool, a exprimé Andréa, 10 ans. J’avais fait du théâtre en classe de neige, j’avais déjà fait des trucs comme ça mais pas en photos-film. » Pour sa copine Alice, également 10 ans, c’était également une première. « C’était marrant. J’ai aimé le moment avec les oiseaux et quand il a sorti son fusil, c’était stylé. C’était bien fait les effets pour le moment sur le bateau avec la caméra qui bouge. »

Vincent et Mattéo, 11 ans, ont aussi adoré le bateau. « La mer, le tsunami et aussi quand on pleure parce que le soleil nous tapait dans la tronche. Au début, j’avais un peu peur parce que j’avais peur de ne pas réussir à bien faire. Mais après, ça allait. Je savais pas ce qu’il voulait faire, c’est pour ça. Finalement je trouve que j’ai bien joué. Et j’aimerais beaucoup en refaire. »

Jérémie Davienne a l’expérience du travail de territoire. C’est-à-dire, un travail de longue haleine, en immersion, avec les habitant·es d’un territoire. « En 2020, pendant le COVID, Lille 3000 a demandé des projets pour petites jauges, explique-t-il. Maximum 10 personnes. Au théâtre, le chœur est quelque chose qui me fascine depuis longtemps. On se sent porté par l’énergie d’un collectif. Un chœur va aller beaucoup plus loin qu’une personne seule. Ça a de l’intérêt parce qu’on est tous ensemble. Il n’y a pas de focus sur une personne en particulier. On capte que chacun le fait à sa manière et qu’il n’y en a pas de mauvaise. Même quand on a pas compris la consigne, ça marche quand même et ça ajoute un effet comique. »

Jérémie Davienne a la faculté de retenir les prénoms des participant·es très rapidement, ce qui crée de la proximité. « Ensuite, on fait un petit échauffement pour mettre en confiance et pouvoir ensuite se lâcher. Je ne leur donne pas le temps de réfléchir. Je préfère le théâtre de corps plutôt que le psychologique. Ils ne se posent pas de question pour se demander comment faire. C’est une série de flagrants délits. » De belles tranches de rigolades aussi et une belle plongée dans la découverte d’une manière de faire un petit film. Une graine semée dans l’esprit et le corps des adolecent·es pour peut-être faire germer d’autres expérimentations.

Photos et texte : Gaëlle Martin

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