Et qu’ça brille !

  • Somme

« Oh regarde ! Ils font quoi ? » « C’est un enterrement ? » « Viens, on les prend en photo ! Y en a qui l’ont fait . »

Des humanoïdes à tête de pigeon, cochon et chien. Voilà qui est peu commun, un samedi matin sur le marché de la ville d’Albert. L’équipée compte également un agent municipal chargé d’amener les gens à se questionner et de leur tirer des fils de réflexion. Le pigeon frotte et astique à gogo, le cochon ramasse les détritus et les ingurgite, le chien désinfecte à tour de patte. A la vue de ce tohu-bohu, certains passants rigolent, d’autres s’inquiètent. En règle générale, les gens préfèrent regarder à distance. Celui-ci fait mine de ne pas avoir vu. Celle-ci pose des questions.

« Ils nettoient ? » Qu’est-ce que le propre ? Qu’est-ce que le sale ? Ce que l’ont qualifie d’hygiénique l’est-il réellement ? Ou n’est-ce pas plutôt ce qui est en train de nous tuer ? L’Homme n’aurait-il pas commencé à devenir sale dès lors qu’il aurait voulu être propre ? Sur-emballé et sur-désinfecté ? Voici quelques questionnements que la Cie Détournoyment, troupe de théâtre en provenance du quartier est de Roubaix, souhaite faire émerger chez les gens qu’ils viennent chatouiller. Au sein de cette troupe militante, quelques uns sont écolo mais ce n’est pas là leur fer de lance absolu. Le sujet qui leur tient à cœur est davantage celui des droits culturels. « Nous aimons que ce soit quelque chose de transversal, explique Marianne, l’une des comédiennes. Nous voulons faire avec les gens, mettre le spectateur en jeu, qu’il soit acteur. Car nous avons remarqué que l’on que lorsque quelqu’un se met enfin à s’exprimer, on ne peut plus l’arrêter. Nous lui disons « tu as la parole, prends-là ! » et nous pensons que ceci a des répercutions sur le reste de la vie des gens. »

« C’est Corona! C’est complètement fou cette histoire ! Ça vient de Chine ? »

« Cette création est née post-covid, poursuit Marianne. Après le premier confinement, nous avons voulu interpeller le public sur l’image sanitaire que cela développe chez nous. Nos personnages sont des figures animales avec des tocs et des obsessions humaines. Nous voulons créer un contraste. C’est grinçant et étouffant. Nous voulons aussi évoquer ce que l’on fait aux animaux et à l’environnement. C’est une performance et non un divertissement. La musique est oppressante. »

Les comédiens désirent confronter, heurter, provoquer différentes réactions chez les gens qu’ils croisent. « On arrive chez eux, dans leur ville, on fait irruption. En général, les enfants comprennent beaucoup mieux le sens de notre intervention ». Pour les adultes, c’est un peu plus compliqué.

« C’est un enterrement de mariage, un truc comme ça, non ? » « Ils doivent avoir chaud là dessous ! » « C’est bien, ça anime ! » « C’est pour quelle cause ? »

Pour Laurence Catherine, l’adjointe à la culture et animation de la ville, c’est une réussite. « Je voulais faire un rappel par rapport à la citoyenneté, l’environnement et au recyclage. Créer la surprise. L’objectif est atteint. Je voulais aussi de la légèreté et des sourires. Telles étaient les trois ambitions de cette animation. C’est un message porteur. Même si les gens sont interpellés sur une très courte durée, ça ne peut apporter que du positif, surtout parmi la jeune génération. »


Texte et photos de Gaëlle Martin

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