22 septembre, 18h30. L’auditorium de la médiathèque de Bailleul baigne dans une atmosphère feutrée. Autour, le calme des bacs à albums, les rayonnages d’ouvrages et l’odeur caractéristique des endroits qui abritent des livres. Malgré la configuration du lieu, une belle lumière éclaire le plateau improvisé. Le public, une vingtaine de personnes, s’installe sur des chaises alignées. Dans le cadre du dispositif Plaines d’été, la compagnie Théâtre Diagonale présente des extraits d’Intérieur jour : une femme à temps, une création 2024 portée par sa fondatrice Esther Mollo et la comédienne Audrey Chapon.


Sur scène, le décor reste simple : une table, une nappe à carreaux, quelques fleurs, des objets familiers. Tout passe par le jeu et l’engagement des corps. La danse occupe une place centrale. Esther Mollo incarne une femme qui perd pied peu à peu, traversée par une énergie vive, parfois brutale.



Dans la salle, le contraste est saisissant entre la tension physique déployée sur le plateau et l’immobilité des spectateurs, le regard fixe, captés par chaque mouvement. L’écoute est attentive.


Le propos s’appuie sur le film Une femme sous influence (1974) de Cassavetes. Le projet est né durant le confinement, lors d’une correspondance où les deux comédiennes interrogeaient le foyer, la précarité, leur vision du féminisme et leur amour pour le cinéma de Cassavetes. Le spectacle intègre aussi des bandes sonores : des témoignages de femmes du bassin minier recueillis sur leur vision du rôle de femme au foyer.
« Dans les années 1970, ces femmes avaient l’âge de Gena Rowlands. On leur a diffusé des extraits du film et demandé ce que représentait le fait d’être une femme au foyer. Leurs réactions et leurs histoires nourrissent directement la pièce. Ce sont des rencontres inoubliables. » raconte Esther Mollo à la fin du spectacle.
Une fois le jeu terminé, le temps s’allonge. Les comédiennes restent pour échanger. Plusieurs spectatrices saluent la performance physique et la progression narrative. « C’est un hasard que vous ressembliez à l’actrice ? », demande une dame. « C’est très fort, merci beaucoup », ajoute une autre. « Chapeau, je salue votre performance. » « Merci, merci, merci », répète une autre spectatrice visiblement émue.


« On peut s’y identifier. C’est super, j’ai été captée du début jusqu’à la fin. La progression est splendide. »
Présente ce soir-là, Nancy Militao, adjointe à la culture de Bailleul, pointe la justesse de cette forme courte : « J’aime bien ce format intimiste. Ce que j’ai aimé aussi, c’est le rythme, l’absence d’accessoires, tout est dit, tout est montré par le jeu des acteurs. Chaque femme peut s’identifier à l’un des portraits. On reconnaît les gens du Nord, on se remémore des anecdotes. C’est important pour aller provoquer le questionnement. »



Pour la compagnie, jouer dans des espaces non dédiés prend tout son sens après le salut. Les comédiennes confient y chercher « une vraie rencontre avec les gens, un vrai échange avec la structure et les bénévoles ».


Textes et photos de Sidonie Hadoux

