Aller au contenu

Du sucre à l’aigreur

« Un spectacle mettant en scène un couple de confiseurs dans une sucrerie, c’est touchant et plutôt bien vu ! » a soufflé Aude, 35 ans, lors de la représentation de Die Zucchero Filato Théâtre, par la compagnie Fer à coudre, samedi 19 septembre 2026, à la Sucrerie de Francières. Une représentation issue de la programmation de Plaines d’été, dispositif soutenu par la Drac-Haut-de France.

Ce lieu a la particularité d’être la seule à être inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques. En effet, depuis plus de 30 ans, des passionnés poursuivent l’œuvre initiée par Jean-Pierre Besse, historien, et Jean-Pierre Bricout, descendant de la famille propriétaire. Sauvegarder ce site industriel, restaurer et remettre en fonction certaines parties et transformer le tout en musée. La Sucrerie souhaite également que ce lieu soit le décor de plus en plus d’événements culturels.

Die Zucchero Filato Théâtre relate l’histoire d’un couple de confiseur·se apparemment heureux et amoureux. Ils semblent avoir réussi à poursuivre l’entreprise familiale. Mais dès le début de l’arrivée des protagonistes, en habits de marié·e, on sent que quelque chose cloche. Le cœur se serre, se met en alerte. Et au fur et à mesure que la pièce se déroule se confirme ce que l’on avait pressenti. L’emprise. Cet homme, prisonnier de son héritage familial a passé la corde au coup d’une femme qu’il a choisi pour remplir un rôle, une fonction. L’homme ne pense qu’au travail, qu’à son dessein personnel et lorsque la femme émet une objection et semble triste, il lui fait un petit cadeau et force les compliments. Petit à petit, cette femme comprend dans quel piège elle se trouve. Elle s’éteint, s’efface et disparaît. Et on se demandera même si elle a vraiment existé.

« Ah j’ai trouvé ça super ! » a exprimé Michel, 61 ans, au solde de la représentation. « C’était bien, sauf le son, ils auraient dû plus projeter la voix car on n’entendait pas bien, surtout à la fin. » Et quand on lui demande quelle était la thématique de la pièce, Michel est désireux de bien répondre mais sèche un peu. Perturbé, il répond « euh… Eh bien c’était l’histoire d’un couple marié. Le mari est très occupé à l’usine. C’est très onirique. La femme, ce qui la dérange, c’est l’usine. » Mais encore, Michel ? « Eh bien on voit que lui est très amoureux mais elle, elle l’est de moins en moins. » Michel n’a pas du tout perçu la toxicité du schéma. « Ah bon ? Vous pensez que c’est ça le sujet ? »

 Cette pièce a été écrite par le marié, Jonathan Charnay. Il a pioché dans son histoire personnelle ainsi que dans celle de Céline Lombardi, la mariée. « Je suis réellement petit fils de confiseur, mais contrairement à dans la pièce, ce n’est pas lui qui venait du Vietnam mais mon autre grand-père, a expliqué Jonathan Charnay. Je ne l’ai pas connu mais on parlait de lui dans la famille comme d’un grand-homme, il y avait des photos de lui partout. Puis je me suis aperçu que sa vie avait été romancée et que ce n’était pas un homme si bien que ça. L’héritage familial est un formatage depuis l’enfance. Je n’ai pas eu d’enfants. Mais longtemps j’en ai voulu pour qu’ils réussissent là où j’avais échoué. »

Céline Lombardi avait envie d’exprimer que même les belles relations d’amour cachent souvent un drame. « Ça parle aussi de ce qu’est d’être une femme n’existant qu’à travers le désir de son conjoint, a-t-elle confié. Mais aussi du regard de la société, des jugements émis, notamment lorsqu’une femme n’a pas d’enfants. Elle est immédiatement catégorisée. J’ai subi ça. »

Texte et photos de Gaëlle Martin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *