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Comme un avion sans aile

Le Musée de l’aviation de Warluis (60) a été très visité dimanche 20 septembre 2026, pour les journées du patrimoine. Une occasion parfaite pour parler écologie, urgence, pollution, avions. Tout un programme que la compagnie de l’Oriel a appréhendé avec sérieux et humour avec leur performance intitulée « l’Envol de l’oiseau ». Un impromptu de la programmation Plaines d’été, dispositif soutenu par la DRAC Hauts-de-France.

Installé·es dans une petite salle à la décoration que l’on pourrait qualifier de délicieusement kitch, les spectateur·rices se sont senti·es comme dans le ventre d’un avion. Vol de nuit. Quelques faibles éclairages jaunes. Chacun·e a un billet pour Rome. Sur le billet est inscrit la raison du voyage. Loisir, professionnel, famille, accompagnant·e. À bord, il y a Luna, Cécile et Victor. Ce dernier est historien. Il se rend à Rome pour y donner une conférence. Il est très angoissé par le vol mais parler d’Histoire aux autres passager·ères le rassure. Alors le personnel de bord attend patiemment. S’ouvre alors un débat sur les conséquences importantes des avions et de la multiplication des vols. Comment faire pour trouver des solutions réelles, éthiques, ne privilégiant pas les toujours même privilégiés, sans culpabiliser. Se responsabiliser et faire des choix conscients sans se priver de parcourir le vaste monde ?

Les trois comédien·nes ont emporté avec elleux les passager·ères dans un tourbillon d’informations et d’humour avec une belle énergie lumineuse. Un beau voyage sans bouger de son siège. « Je vais réfléchir, prendre un peu moins l’avion, peut-être, je le prends souvent quand même, » a confié Hélène, 63 ans, à la fin du spectacle. Hélène est passionnée d’aviation et de voyages. « On le sait bien que ça pollue. Je suis passionnée par le concorde. Je suis montée dedans mais au Bourget. Je n’ai jamais voyagé à bord d’un concorde. C’est la première fois que je m’arrête au Musée de Warluis même si je passe devant. Habituellement, je vais au Bourget. » Visiblement, pour Hélène, moins prendre l’avion sera un crève-cœur.

L’idée de ce spectacle a germé il y a très longtemps. « On voulait parler de nos choix au quotidien et comment ces choix ont un impact sur le climat, a exprimé Maxime Ganné, alias Victor, auteur, metteur en scène et comédien. À quoi serait-on prêt à renoncer ? Puis pendant le COVID (printemps 2020), il y a eu une baisse importante d’émission de CO2. Les questionnements sont venus d’ici. On a décidé de ne pas mettre les gens dans un rôle de spectateur mais de passager. Ils sont des personnages, comme nous. Toute la partie historique, avec la chute de Rome, c’est un parallèle pour essayer de penser à ce qu’il se passe après qu’une civilisation ait basculé. » En effet, si notre civilisation actuelle s’effrondrait, que se passerait-il ensuite ? Serait-ce une fin de tout ou seulement d’un cycle ?

« Les personnages de Luna et de Cécile travaillent dans les avions, poursuit Virginie Leroy, alias Luna. Elles ont besoin de ce travail. Cécile croit au discours de la compagnie aérien, à son green Wash, elle est naïve. Ça permet aussi de parler des conditions de travail. Le personnage de Luna est tout à fait lucide mais plus nuancé que celui de Victor, qui décide de sortir de l’avion et de ne plus le prendre. Voler, l’Homme en rêve depuis toujours. Il y a aussi une question d’équilibre social. Tout le monde a le droit de voir Venise au moins une fois dans sa vie et de ne pas culpabiliser de le faire. » Toutes les données servies pendant la pièce sont vraies et vérifiées. « Nous avons fait beaucoup de recherches avec Gaël Queulin. Et à partir de toutes ces connaissances scientifiques, nous avons cherché à faire quelque chose de plutôt littéraire. Je suis assez content de ce format qui se veut très au contact des spectateurs. C’est interactif et ludique malgré l’avalanche d’informations. C’est un sujet sensible car ça touche au plaisir et c’est une nécessité de s’évader. À plus grande échelle, il est nécessaire que les leviers soient levés ailleurs. L’effort doit être individuel et collectif. L’un et l’autre. »

Texte et photos de Gaëlle Martin

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