Présence artistique sur le campus universitaire de Valenciennes

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Mercredi 1er décembre 2021, Mélodie Lasselin et Simon Capelle, fondateur.trice de la compagnie ZONE – Poème -, ont investi le temps d’un après-midi la bibliothèque de l’université polytechnique à Valenciennes. Dans le cadre de Plaines d’été, les artistes ont choisi de faire du campus universitaire leur terrain de jeu.

Des étagères avec des centaines de livres. Des tables, des chaises, des étudiants studieux, des ordinateurs portables, des copies manuscrites et quelques crayons. Voilà l’ambiance plutôt banale de la bibliothèque en ce mercredi midi. Le mois de décembre est chargé pour les étudiants qui préparent leurs examens. Au milieu de tout cela, un patio boueux, délimité par de grandes baies vitrées. Dans cet espace en forme de bocal, il ne s’y passe jamais rien. C’est dans cet endroit, qu’à midi tapant, Mélodie Lasselin est entrée. La performance démarre avec la diffusion d’un texte en suédois de deux minutes. Pendant ce temps, la danseuse prend place au milieu du patio, sur une plaque d’égout. Le son interpelle les étudiant.e.s qui regardent timidement vers le patio. Certain.e.s tournent à peine la tête, visiblement trop concentré.e.s sur leurs révisions. « Le public ici n’est pas disponible, raconte Simon, les étudiant.e.s ne sont pas prévenu.e.s qu’il va y avoir une performance et ils.elles sont occupé.e.s à étudier, c’est justement ce qui nous intéressait ! »

Pendant une quinzaine de minutes, Mélodie semble mesurer des parties de son corps. Pour cela, elle se déshabille. De l’autre côté, des étudiants commencent à se questionner. Une jeune fille referme son ordinateur et s’en va. Puis, l’artiste inverse le récit. Elle s’approche des vitres et semble vouloir toucher une des spectatrices. Les regards restent timides et fuyants. La musique retentit à nouveau. Simon entre en scène pour donner un drapeau de la Suède à Mélodie qui termine debout au milieu du patio, le drapeau à la main.

Dans les bureaux de l’administration qui donnent sur le patio, les employées ont regardé attentivement la performance. Elles applaudissent. Pour créer cette performance, Mélodie et Simon ont trouvé l’inspiration au musée nordique de Stockholm, où il.elle ont visité une exposition traitant de l’histoire du peuple Sami en Suède, victime de racisme et de traitements dégradants jusqu’au milieu du siècle dernier.

« Dans notre travail, on se questionne sur notre propre place en tant qu’européen, explique Simon Capelle. C’est un travail politique : qu’est-ce que chaque pays considère comme barbare dans sa propre culture ? ». Pour cette création, les deux artistes sont accompagnés par le Phoenix, scène nationale à Valenciennes. Il.elle se sont rendu.e.s dans 27 capitales de l’Union Européenne. Chaque pays visité a donné lieu à une forme courte (solo chorégraphique, pièce de théâtre, concert, installation plastique, film, performance etc.,) regroupées dans le spectacle BARBARE (Odyssées). Le duo terminera son travail de terrain prochainement à Nikosie, capitale de la Chypre.

Dans le cadre de Plaines d’été, les artistes jouent deux performances par date, dont une consiste à la projection d’un film, pour l’épisode Allemagne. La semaine précédente, il.elle avaient investi un amphithéâtre en béton pour jouer la performance Grèce. « C’était vraiment intéressant car nous étions juste devant le restaurant universitaire, il faisait noir, froid, et une vingtaine d’étudiants, surtout étrangers, étaient là, se remémore Simon. C’est un public souvent isolé sur les campus qu’on n’a pas l’habitude voir dans les endroits réservés à la culture. »

Pour la performance Suède, à la bibliothèque universitaire, le patio a créé un nouveau dispositif de regard. « Je voyais mon reflet dans les vitres, et je percevais difficilement les yeux du public, débriefe Mélodie. Je me suis sentie hyper seule, c’était intéressant. » De l’autre côté de la vitre, assis à leur table, les étudiants sont plus circonspects. Hithem et Yacine, en master 2 recherche en sciences du sport, avouent n’avoir regardé que très brièvement. « On a 1000 diapos à apprendre par cœur pour la semaine prochaine, explique Hithem, pas le temps de regarder ». A la table d’à côté, Valériane, Florian, Zélie et Byren, en licence 1 d’histoire et géographie, avouent avoir jeté des regards curieux. « On regardait mais c’était étrange : elle était toute seule, on la regardait, on se croyait au zoo », dit l’une. « C’était dérangeant, surtout ses regards », dit l’autre. Florian quant à lui avoue ne pas avoir vraiment compris. Est-ce « la mise à nue des pays quand ils sont entrés dans l’Europe ? » Est-ce des « violences dans le pays qu’elle a voulu dénoncer ? »  Une chose est sûre, le patio a renforcé le propos de la performance, et laisse le public avec des questions. Libres à eux.elles de venir voir la suite des performances de BARBARE (Odyséées) lors des trois prochaines dates prévues sur le campus.


Sidonie Hadoux

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