La musique devient expérimentale à Arenberg Creative Mine

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Trois grandes tables sont installées dans le hall de la salle du Leaud sur le site d’Arenberg Creative Mine. Les musiciens du groupe BxOs – à prononcer « bozo » – y ont installé des dizaines d’objets et de machines. Cette nouvelle formation du collectif Muzzix réunit trois musiciens aguerris : David Bausseron (à gauche de la photo), Frédéric Le Junter (au centre) et Jean-Bernard Hoste (à droite). Bausseron et Hoste étant aussi connus pour leur participation au groupe Dirty Primitives. « Avec BxOs, nous créons en live des paysages sonores qui sont au carrefour de la musique industrielle, de l’ambient, du noise et du blues », précise Frédéric Le Junter. « Nous improvisons dans la matière sonore, avec parfois des mots que je rajoute. Ce sont des textes que j’écris et que je pose quand je le sens. »

Chaque musicien a sa spécificité. Frédéric Le Junter explique : « David utilise une guitare préparée, transformée, des pédales d’effets et il en sort des tas de sons. Il fait aussi des actions sonores, avec un sac à bulles notamment. Ses interventions sont poétiques. Jean-Bernard est batteur à l’origine. Il construit des rythmes avec ses machines. Il a une grande facilité électronique. De mon côté, je fabrique des objets sonores, objets à vents, à cordes, des percussions, qui sont amplifiés ou pas. J’ai aussi des petites machines mécaniques qui jouent de ses objets. Ces machines produisent du hasard. Elles hésitent, elles varient. Elles ont un fonctionnement à la fois mécanique et aléatoire. »

© Olivier Pernot

Ce jour-là, les musiciens créent en live une pièce sonore d’une quarantaine de minutes, avec des crêtes, des creux, des tensions et des accalmies. Leur musique est expérimentale et improvisée, bruitiste mais pas bruyante. Il s’en dégage des émotions et des bribes de mélodies perdues dans un océan de sons. Chacun des trois musiciens génère ses propres sons dans son espace. Ils ne se regardent pas, ils s’écoutent. Ils inventent en direct en utilisant des objets particuliers : une tôle qui frotte un plat en métal crée une boucle vibrante, de drôles d’instruments dans lesquels ils soufflent produisent des sons inédits, les cordes d’une guitare triturée avec différents ustensiles donnent des bruits étranges. Le musique de cette performance sonore est abstraite, exigeante, puissante et profonde.

Ce concert avait lieu le jeudi 18 novembre sur le site d’Arenberg Creative Mine. L’ancien site minier de Wallers-Arenberg est célèbre pour avoir accueilli le tournage du film Germinal du réalisateur Claude Berry, adapté du roman d’Emile Zola. Encore récemment il recevait le tournage de la série Germinal (diffusée cet automne sur France 2). Depuis 2005, le site a été réhabilité par la Communauté d’agglomération de la Porte du Hainaut, qui y a installé son siège. D’ailleurs, le concert de BxOs était proposé aux agents de la Communauté d’agglomération sur leur pause de la mi-journée. « Il m’a fallu le temps de me mettre dans le concert », réagit Rémi, 25 ans. « J’arrivais à la pause-déjeuner, avec mon sandwich. Mon impression au départ ? C’est bizarre cette musique. Et puis, j’ai commencé à apprécier et j’ai oublié ce qu’il y avait autour. Pendant mes années universitaires, j’écoutais de la musique électronique, de la trance. Le concert m’a fait penser parfois au groupe Hilight Tribe. Et j’ai fait des liens dans ma tête avec les festivals où j’allais à l’époque, Dour ou Astropolis. Ça m’a rappelé les scènes expérimentales de ces festivals. Je me suis laissé emporter dans mes souvenirs. »

© Olivier Pernot

Seulement une petite dizaine d’agents assiste au concert, mais tous repartent enchantés. Comme Marion, 37 ans : « J’ai trouvé ça génial. J’ai été transportée en tant qu’auditrice. Et en tant que spectatrice, j’ai plus dans l’analyse que dans le ressenti : je regardais les instruments pour voir d’où venaient les sons. Chez moi, j’écoute du rock et du métal. Pas ce genre de musique. C’est surprenant comme musique. Pas forcément accessible à tout le monde, mais il ne faut pas partir avec des à-priori et se laisser aller. » Olivier, 47 ans, a également assisté au concert : « Je suis venu par curiosité. Il y avait une vidéo diffusée sur le site intranet de l’agglo et je me suis dit « Pourquoi pas ? » J’ai aimé les rythmes et le côté improvisé. Cela m’a fait avoir des pensées sur des paysages industriels, ferroviaires. Cela a fait écho aussi à mon histoire personnelle : je suis d’origine ouvrière et mon père travaillait dans une usine de mécanique. »

© Olivier Pernot

Après leur performance, les trois musiciens de BxOs se prêtent au jeu des questions et une discussion s’engage avec les spectateurs présents. Cendrine, 40 ans, du service culture de l’Agglomération, est enchantée : « C’était super enrichissant ce concert. L’ambiance m’a transporté. C’était inattendu. On ne sait pas quel musicien va prendre la main. Il y a trois univers qui s’articulent bien ensemble. Et, en plus, nous avons eu le plaisir de discuter avec les musiciens après le concert. » Cependant elle déplore le manque l’affluence : « C’est difficile de faire bouger les collègues et d’éveiller leur curiosité… ». Frédéric Le Junter reste pourtant positif : « Il y avait peu de personnes mais ils étaient très à l’écoute, concentrés. C’est toujours bien d’aller jouer dans ce type d’endroits et de toucher un public qui n’a pas l’habitude d’écouter de la musique improvisée. »


Texte et photos par Olivier Pernot

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