PLAINES D’ÉTÉ – Maryline Pruvost / David Bausseron – Quiévy
Spécialisée dans le jazz contemporain et les musiques expérimentales, le collectif Muzzix proposait pour Plaines d’été un duo inédit avec le guitariste David Bausseron et la chanteuse/flûtiste Maryline Pruvost. Le samedi 21 septembre en fin de journée, les deux musiciens se produisaient dans le petit village de Quiévy.

En cette fin de journée du samedi 21 septembre, les nuages obscurcissent le ciel et le public du petit village de Quiévy arrive lentement. A 19h, il n’y a seulement qu’une vingtaine de personnes. Puis petit à petit, des grappes de spectateurs se joignent au public. Fabienne Rattier, la déléguée à la culture du village, apporte des piles de chaises pour que tout le monde s’installe (il y a maintenant une soixantaine de personnes). Puis elle présente les deux musiciens qui ouvrent la soirée : le guitariste David Bausseron et la chanteuse/flûtiste Maryline Pruvost, réunis dans un duo inédit. Ils œuvrent dans le registre de la musique expérimentale et improvisée. Drôle de rencontre entre ces musiciens et ce public très familial, composé d’enfants et de parents, venu sans doute pour le spectacle de cirque qui va suivre. Comment ce public va-t-il réagir à la musique exigeante et dissonante des deux artistes soutenus par le collectif Muzzix ?


L’après-midi, les deux musiciens jouaient déjà, à quelques kilomètres de là dans un atelier d’artistes, le Modulo Atelier. À Quiévy, ils sont projetés dans un autre univers, avec un autre public. Ce qui donne une certaine étrangeté de ce moment car David Bausseron a une approche bruitiste de son instrument : il gratte les cordes de sa guitare, utilise des objets métalliques pour les faire vibrer et sort des sons stridents. Maryline Pruvost souffle dans sa flûte, avec un souffle lent qu’on entend à travers l’instrument. Les spectateurs regardent le duo, intrigués. Ils sourient, presque gênés. Certains enfants ont décroché et jouent à courir. D’autres enfants sont captivés par la performance alors que leurs parents sont interloqués.





Même s’il est difficile de captiver l’attention avec une musique rêche, les deux musiciens relèvent ce challenge. Le concert est surprenant, inhabituel pour beaucoup de spectateurs. David Bausseron frotte les cordes de sa guitare et joue avec un léger larsen. Il utilise une petite coupelle en métal comme d’un médiator, et aussi parfois un archer ou une plume de paon. Les sons qu’il réalise avec son instrument sont déconcertants. Mais les douces mélodies de la flûte viennent contrebalancer la stridence des cordes. Maryline Pruvost utilise aussi sa voix : elle produit des sons avec sa bouche, du souffle, des bruits, des sons gutturaux, des petits cris en rafale. Il y a quelque chose d’enfantin dans leur utilisation des instruments et de la voix. Certains spectateurs commentent ce qu’ils voient. D’autres ont les yeux fermés pour mieux se concentrer.


Dans cette dernière partie de la performance, David Bausseron utilise un couvercle métallique pour faire vibrer les cordes de son instrument. Puis il s’assoit, la guitare posée sur ses genoux, et il fait tourner un morceau de bois autour du couvercle. L’effet est saisissant. Pour conclure le concert, le son noise qui s’échappe est accompagné d’une douce mélodie de la voix. Le guitariste sourit enfin. Le concert a duré une vingtaine de minutes. « On débarrasse rapidement et après, place au spectacle ! » dit David Bausseron en phrase de conclusion.
Malgré la difficulté d’appréhender cette performance expérimentale, les spectateurs ont des avis partagés et pas nécessairement négatifs. Marie, 71 ans, habitant le village, a été surprise par la prestation : « J’aurais aimé voir une autre utilisation des instruments. Ils émettent des sons mais ce n’est pas de la musique. C’est surprenant. On s’interroge, on essaie de comprendre. » Charline, 75 ans, venue de Caudry, est tout aussi dubitative : « C’était inattendu. Je me doutais que cela allait être comme ça. Ce n’est pas composé, c’est improvisé. C’est sûr que ce n’est pas la même chose qu’Indochine… »
Jean-Claude, 55 ans, un autre habitant de Quiévy, est surpris et enchanté : « Je n’avais jamais vu un concert en vrai, seulement à la télé. Comme il y avait ce concert dans le village, je suis venu faire un tour. Je n’avais jamais entendu de la musique comme ça. » Puis il dit, en souriant : « Ça fait du bruit aux oreilles ! » Un sentiment partagé par Sylvain Halle, 68 ans, le maire de Quiévy : « Personne ne s’attendait à ça. Ce sont des bruits et cela ne ressemble à rien. Je croyais qu’il était toujours en train de s’accorder… Il fallait que les musiciens s’arrêtent sinon tous les spectateurs allaient partir. C’est quand même très particulier. » Enfin, Fabienne Rattier, la déléguée à la culture du village, est plus modérée « : Je connais la musique expérimentale et je pensais que justement cela allait être quand même moins expérimental comme concert. Et que ce serait un peu plus ludique avec tous ces enfants présents. Mais c’est intéressant comme contexte avec un public pas spécialement venu pour ça ! »
Texte : Olivier Pernot
Photos © Olivier Pernot